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Pourquoi pas une “Journée du Hijab” ?

Salam allaykum,

Un enseignante Française au Canada (Ontario) veut démystifier le hijab et défaire les préjugés sur l’Islam et lance un appel à toutes les communautés francophones, particulièrement à la France. Je vous laisse lire les extraits de sa lettre (vous pouvez lire la lettre intégrale publiée en 2007 ici) :

    muriel-walker

    “Vous ne me connaissez probablement pas mais si vous faites des recherches sur Google Canada vous comprendrez qui je suis. Je m’appelle Muriel Walker et je suis professeur de littérature francophone à l’université McMaster en Ontario, au Canada. (…)

    J’ai passé mon enfance dans un petit village du Sud-Ouest [de la France] et les seules vraies amies qu’une demi gitane comme moi pouvait avoir étaient en général des Maghrébines, en particulier algériennes. J’ai donc grandit en entendant toujours le même discours sur mes amies voilées, qui d’ailleurs ne se voilaient pas par crainte d’être ridiculisées ou méprisées, ce qui était souvent le cas.

    Ayant fait ma thèse de doctorat sur l’écrivaine algérienne Assia Djebar j’ai beaucoup étudié l’Islam et la place des femmes en particulier dans cette religion. Je ne suis pas musulmane moi-même. J’ai été baptisée et élevée catholique mais avec une influence gitane assez prononcée. (…)

    Je voudrais vous proposer une perspective différente sur le Hijab et le droit des femmes musulmanes à porter le voile en public dans un pays non musulman comme la France.

    J’ai organisé, dans l’université où j’enseigne, un « Hijab Day », c’est-à-dire une journée du voile où toutes les femmes et jeunes filles du campus pouvaient porter un Hijab pour essayer de se mettre dans la peau d’une musulmane voilée. J’avais l’appui total des associations d’étudiants musulmans de l’université ainsi que celui de la communauté musulmane de la ville. Des jeunes filles musulmanes ont apporté des dizaines de Hijabs et ont installé des stations d’essayage pour celles qui voulaient tenter l’expérience.

    Le succès de cet évènement a été incroyable. Mon intention n’était ni religieuse, ni politique, mais humanitaire en soutien aux musulmanes qui sont très souvent les victimes et les boucs émissaires d’une islamophobie grandissante et inquiétante. Moi-même j’ai été victime de plusieurs actes racistes et islamophobes. (…)

    Alors j’ai eu cette idée : puisque le Hijab est un symbole que tout le monde associe directement à l’Islam et que les femmes qui le portent sont devenues des cibles vivantes depuis le 11 septembre, pourquoi ne pas brouiller un peu la perception de ceux qui pensent que de harceler et insulter des femmes voilées est acceptable. Si pour une journée presque toutes les femmes sur le campus portent un Hijab alors ceux qui d’habitude les attaquent auront peut-être la surprise de se trouver face à leur professeur, ou leur sœur, leur mère, leur conjointe, etc.

    Mon intention n’était pas de prendre position pour ou contre le voile mais d’attirer l’attention du public et des média sur la discrimination injuste dont souffrent ces femmes en particulier, et les musulmans en général. (…)

    Très peu connaissent vraiment cette religion et la place très importante que les femmes y occupent. J’insiste toujours sur le rôle des femmes musulmanes quand j’enseigne les principes de l’Islam à mes étudiants car il est faux et injuste de penser qu’elles sont insignifiantes ou qu’elles n’ont rien à dire. (…)

    Et voilà que j’en viens à la raison pour laquelle j’ai voulu contacter des associations musulmanes françaises. J’ai un peu honte de mon pays, voyez-vous, et j’aimerais apporter mon aide à une situation qui me semble catastrophique et lamentable. (…)

    Je suis passionnément convaincue que seule une ouverture sincère et un dialogue franc peuvent combattre une injustice qui ressemble de plus en plus aux pires leçons d’histoires, celles-là mêmes que l’on s’était promis de ne jamais oublier. Il est inacceptable de traiter les musulmans qui vivent avec nous, et qui sont par ailleurs des citoyens français ou canadiens comme les autres, comme des ennemis.

    Interdire le port du Hijab pour des raisons de laïcité en France ou de sécurité au Canada (par exemple les jeunes filles qui pratiquent certains sports comme le football et le judo et qui sont exclues de leurs équipes) cache en réalité des sentiments bien peu républicains ou sécuritaires. Je pense que le racisme est toujours aussi intolérable qu’il soit craché en plein visage ou dissimulé derrière des prétextes redondants et peu solides. (…)

    Si vous voulez en savoir plus sur moi et sur les étudiants qui travaillent avec moi vous pouvez nous trouver sur Facebook.

    Muriel Walker – mwalker@mcmaster.ca”

    Muriel Walker sur MySpace

    Wow, quelle bonne idée!

    Je crois que cette activité aide non seulement à ce que les gens comprennent que n’importe quelle femme peut décider de se voiler, pour des raisons religieuses ou autres, mais aussi à ce que les femmes puissent faire l’expérience de se voiler et comprendre la modestie et le respect que l’on en bénéficie.

    J’ai visité le groupe sur Facebook, mais il n’est ouvert qu’aux étudiants de l’Université McMaster. Par contre, vous pouvez la contacter sur son courriel.


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    3 comments 14 mars 2009

    Comment mettre le foulard Turque : Nouveaux vidéos

    Salut, Salam!

    Voici 3 nouveaux vidéos démontrant 2 méthodes pour mettre le foulard turque, soit un foulard carré. J’espère que c’est compréhensible.
    SVP Commentez!

    MÉTHODE 1 : CLASSIQUE

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    Démonstration rapide de cette méthode :

    Visionner sur YouTube

    Voici le détail de cette méthode :
    Détail Foulard Turque Méthode classique


    MÉTHODE 2 : AVEC UN PETIT FOULARD

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        10 comments 26 février 2009

        Le hijab maintenant permit dans les Universités Tunisiennes

        Voilà une bonne nouvelle! Après plusieurs années de répression contre le hijab, comprenant des arrestations policières pour les femmes qui le portent dans la rue, il est maintenant permit de le porter même à l’Université!

        Je vous laisse regarder ce petit reportage :


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        Add comment 13 février 2009

        Le Hijab et le Tae-Kwon-Do

        Salam,

        Voici deux reportages diffusés à la chaîne TQS en 2007 concernant trois jeunes filles participant à un tournoi mondial de Tae-Kwon-Do au Québec, Canada. Tout d’abord elles ont été rejetées de la compétition, puis ensuite elles ont eu la permission d’y participer en attendant que le Conseil International de Tae-Kwon-Do prenne une décision officielle sur le sujet.

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        3 comments 13 février 2009

        Témoignage : Deux soeurs Québécoises

        Salam aleykum,

        Vous avez été plusieurs à demander des témoignages, je vous suggère donc un clip diffusé à la chaîne TQS en 2007.

        Deux femmes Québécoises voilées converties à l’Islam depuis plusieurs années expliquent leur cheminement.


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        6 comments 13 février 2009

        Cancer du Sein : Pink hijab day

        Le mois d’octobre est le mois de la sensibilisation du cancer du sein. Le cancer du sein est le cancer qui affecte le plus les femmes au Canada. Statistiquement, une femme sur 9 risque d’avoir le cancer du sein, et une sur 28 d’en mourrir. En moyenne, environ une centaine de canadiennes en meurent chaque année. Le cancer du sein, ce n’est pas simplement perdre un sein.

        La promotion de la sensibilisation de ce cancer est très réputée de part les petits rubans roses épinglés. Une musulmane des États-Unis a fondé, sur le même principe, le Pink hijab Day. Le 29 octobre, les musulmanes sont invitées à porter un hijab rose afin de promouvoir la sensibilisation de la prévention du cancer du sein.

        Puisque voir les petits rubans ne m’ont jamais apprit comment prévenir le cancer du sein, mais ont bien la simple fonction, et non la moindre, de nous rappeler qu’il faut bien s’informer afin de prévenir cette maladie, je profite de l’occasion pour vous recommander quelques références :

      • Qu’est-ce que le cancer du sein -Société canadienne du cancer
      • Information détaillée sur le cancer du sein -Encyclopédie canadienne du cancer (dans la partie “Risques” il y a des bons conseils de prévention)
      • -Mois de la sensibilisation du cancer du seinFondation canadienne du cancer du sein
      • Facteurs de risques -Fondation canadienne du cancer du sein (très intéressant)
      • Quiz sur la santé des seins
      • Global pink hijab day -Événement sur Facebook
        • Le rose se porte sous différents styles et peut autant être flamboyant, d’une teinte franche, que discret, d’une teinte qui s’apparente à la couleur de la peau.

          Rappellons-nous aussi qu’il est important de garder une bonne circulation du sang dans cette région, donc il faut éviter des porter des sous-vêtements qui laissent une marque rouge. Les modèles coussinés (légèrement) permettent une bonne tenue sans cerceaux de métal, ce qui en fait une bonne option.

          Seul Dieu détermine de nos maladies et du moment de notre mort, mais il est de notre devoir de bien faire pour se garder en santé et de bien traiter notre corps. N’oublions pas que nos organes témoigneront contre nous le Jour du Jugement si nous avons manqué à nos devoirs envers eux.

          Add comment 27 octobre 2008

          Le hijab et la femme occidentale moderne

          Voici quelques extraits d’un article très intéressant dans la blogosphère de WordPress, qui traite de la différence des modèles féminins, et leur perceptions, que je vous invites à visiter afin de le lire en entier : Hijab ou seins siliconés

          Quand j’entend une fille dire qu’elle veut se faire mettre des implants mammaires, cette même question me revient en tête. POURQUOI. Pour être plus belle. [...] Certaines femmes vont dire «Oui mais je ne le fait pas faire pour personne d’autres que moi». Ah oui ! Ne serait-ce que plutôt qu’elles se font refaire les seins pour le regard que les autres (surtout les hommes) posent sur elles. Il y a des modèles sociaux auxquels nous sommes très soumis mais qui sont acceptés de tous au point où l’ont n’en fait plus de cas. Dans mon livre à moi c’est une forme de soumission mais elle est socialement acceptée et surtout définit autrement que de la soumission.

          Quand on voit un musulmane avec son hijab on pense tout de suite que c’est un signe de soumission à l’homme alors que le hijab est avant tout d’un signe religieux [un acte d'adoration]. Je ne dit pas que toutes les femmes qui porte le hijab le font par choix personnel parce certaines ont une pression qui modèle leurs «non-choix» mais je ne vois pas le hijab comme un symbole de soumission de la femme à l’homme. Par contre le hijab c’est un signe très visible de la différence et ça dérange plus les gens. Le problème c’est qu’on regarde les musulmanes au hijab et les femmes au seins siliconés avec nos valeurs. C’est correct qu’une femme se fasse refaire les seins parce que cela correspond à nos valeurs mais il faut être fair-play et aussi dire que le hijab l’est aussi.

          Droit au voile

          Les femmes musulmanes ne veulent pas être jugées en fonction de leur beauté, ou de ses attraits, et ne veulent surtout pas attirer un autre homme que leur mari. La différence des conceptions du succès de la femme est à la base des méconceptions du hijab. La femme qui se voile ne s’estime pas de par le nombre de garçons qui l’approchent, ou de par un pouvoir de séduction qu’elle utiliserait à toutes situations. Bien sûr, beaucoup de femmes non voilées ont aussi cette volonté de sobreté et modestie, et malheureusement aussi certaines femmes voilées ne l’ont pas. C’est cette base qui est la plus importante. Le hijab est simplement un vêtement obligatoire en islam qui permet plus facilement de réaliser ce but, limitant l’exposition des attraits féminins. Dieu sait le mieux.

          Add comment 29 mai 2008

          Voile: ce sont celles qui le portent qui en parlent le mieux

          La loi sur la laïcité en France a entraîné le banissement du hijab dans les institutions publiques, ce qui a entraîné de grandes conséquences sociales, dont l’exclusion de beaucoup de femmes voilées du système de l’éducation, les privant ainsi de la possibilité d’étudier.

          La France dirige une politique de l’assimilation, ce qui implique que les immigrants devraient devenir identique au groupe majoritaire. Cela est bien sûr utopique et la mise en oeuvre d’une telle politique peut mener à de grands troubles sociaux, particulièrement dans le cas d’un pays d’immigration comme la France, qui a besoin de diminuer la baisse de sa population.

          Voici l’extrait d’un article très intéressant sur le sujet, que je vous invite à visiter.

          Voile: Ce sont celles qui le portent qui en parlent le mieux

          “Les femmes qui portent le foulard font usage d’une liberté de disposer de leur corps comme elles le souhaitent, même si cela dérange certains modèles d’émancipation.”

          “On parlait de nous, sans nous. On nous présentait soit comme des femmes soumises qui n’avaient rien à dire, soit comme de dangereuses terroristes à chasser.”

          “Les effets concrets de cette loi sont d’éloigner les femmes de la connaissance, des diplômes, du travail, de la politique, bref, de tout ce qui rend fort et indépendant.”

          Ce groupe a aussi publié un livre dont voici la référence :
          Les filles voilées parlent De Ismahane Chouder, Malika Latrèche, Pierre Tevanian (La Fabrique, 330pp., 18€)

          Add comment 28 mai 2008

          Analyse de préjugés sur le hijab

          Travail de recherche sur un énoncé d’ethnocentrisme, Tiré de : « Le voile, encore le voile », de Rima Elkouri par M. Guérin, Université de Montréal, Faculté de l’éducation permanente, Travail présenté à Renée Bourque, dans le cadre du cours PPL3040, Communication Interculturelle, octobre 2007.

          1. Introduction

          Ethnocentrisme :

          « Attitude consistant à juger les autres peuples d’après les normes éthiques de sa propre culture érigées en modèle universel.»

          Le jugement, étant une action naturelle de l’homme et servant à distinguer le bon du mauvais, est lié à une échelle de valeurs et de croyance ainsi qu’à leurs représentations culturelles qui se veulent rassurantes. Dans certains cas où ces représentations ne sont pas semblables, face à l’inconnu, un sentiment de gêne ou d’insécurité peut alors se manifester, se résolvant généralement en une interprétation basée sur le propre code culturel de la personne vivant une situation interculturelle conflictuelle.

          La définition ci-haut, très générale, englobe bien la simplicité du phénomène et laisse la voie ouverte aux différentes issues de comportements personnels, d’un éventail de réactions beaucoup plus vaste que la situation-type évoquée ci-dessus, telles la surévaluation de sa culture propre, l’indifférence ou le manque de considération de l’exo-culture ou la négation de certains de ses aspects. La mécompréhension est la base de l’ethnocentrisme. Il est difficile, devant une situation incompréhensible, de n’effectuer aucun jugement, particulièrement lorsqu’une réaction est attendue de nous, tels les éditorialistes ou les chroniqueurs dans les journaux.

          Au Québec, les systèmes de croyances sont particulièrement remis en cause depuis la Révolution tranquille – particulièrement au cours des années 1960 – et l’arrivée d’un nouveau groupe d’immigrants qui ne partagent pas la religion des anciens groupes (majoritairement chrétiens-européens-occidentaux) ravive les passions, les insécurités et les questionnements soulevés il y a quelques décennies.

          2. Présentation d’une expression d’ethnocentrisme

          La religion musulmane, condamnée par les médias, qui ont avivé imprudemment la masse populaire, est présentement le bouc émissaire de la majorité des frustrations et des incompréhensions interculturelles au Québec. Le gouvernement de M. Charest a prit la décision d’impliquer tous les citoyens à cette problématique, liée à l’immigration, au moyen d’une commission spéciale chargée de recueillir les opinions pan-provinciales, soit la Commission Bouchard-Taylor.

          L’effet s’est concrétisé en une escalade de propos ethnocentriques toujours plus manifestes, alimentés continument par la presse et par la masse populaire, maintenant médiatisée. Cette ascension de commentaires dépréciatifs, en majorité issus de projections culturelles, donne lieu à plusieurs articles de type éditorialistes publiés dans le cahier A de La Presse, quotidien dédié à la masse populaire pourtant reconnu pour sa plus grande neutralité et sa recherche sur les questions de fonds.

          L’édition du lundi 24 septembre 2007 porte en couverture la photo d’une femme portant le niqab, un voile porté par certaines femmes musulmanes, couvrant le visage mais laissant paraître les yeux. Sans être à l’encontre de l’Islam mais étant toutefois marginalisé, ce type de foulard est plus populaire dans la région de l’Arabie Saoudite et auprès des tenants de la doctrine des Wahhabites – un groupe religieux au pouvoir en Arabie Saoudite, créé et mis en place par l’Angleterre, ancien colonisateur, en tant que stratégie politique. Les pages A2 et A3 portent entièrement sur le sujet du voile musulman, pages normalement réservées aux sujets politiques à grande portée.

          En page A2, une chronique rédigée par Rima Elkouri, tirant plutôt vers le caractère de l’éditorial, portant le titre dépréciatif « Le voile, encore le voile », expose les résultats d’une étude publiée en 2003 portant sur les diverses raisons motivant les femmes musulmanes à porter le voile. Elle a été réalisée à l’Université Concordia par Homa Hoodfar, une professeure d’anthropologie d’origine iranienne se déclarant féministe. Cette étude est basée sur l’échantillon d’une centaine de femmes, plus probablement des étudiantes de l’Université Concordia et provenant de pays issus de la colonisation anglaise, et de seulement 12 femmes pour approfondir certains aspects liés aux résultats. Ceux-ci sont très variés et couvrent des motifs religieux, politiques et familiaux.

          L’auteure de la chronique écrit, dans son introduction :

          « D’emblée, mon fond féministe me porte à suivre la rumeur et à désapprouver le port du voile en tant que puissant symbole de l’inégalité homme-femme. D’emblée, je ne peux qu’être révoltée par tous ces voiles instrumentalisés par les fondamentalistes, déployés fièrement comme autant de drapeaux. »

          3. Décentration de l’ethnocentrisme

          Afin d’épurer cet énoncé à sa base neutre, exempte d’ethnocentrisme, les trois mécanismes principaux l’ayant influencé se doivent d’être identifiés.

          3.1 Mécanisme d’identification des groupes

          D’abord, le mécanisme d’identification consiste à se reconnaître au sein d’un groupe et à catégoriser l’étranger à l’intérieur d’un autre, extérieur à soi. Dans cet exemple, l’éditeur publie la photo de l’auteure en liaison avec l’article ; on y voit une jeune femme au génotype caucasien, aux cheveux taillés aux épaules et, comme son nom le confirme, n’appartenant visiblement pas au modèle « québécois de souche » qui fait référence aux immigrants des siècles passés. D’après ces informations, cette femme appartiendrait au large groupe des peuples européens.

          Par contre, de sa propre plume, s’identifiant clairement à un groupe de portée beaucoup plus politique : « mon fond féministe », elle se classe parmi les féministes modernes issues de la révolution industrielle en occident. Pourtant, les mots « mon fond » relativise l’aspect féministe pour ramener la catégorie à ce que je définis comme « femme occidentale partageant les principales valeurs partagées par les adeptes du mouvement féministe moderne ».

          Le deuxième groupe en considération, mentionné dans la deuxième phrase : «par les fondamentalistes», l’oppose à une catégorisation créée par les occidentaux et en laquelle les musulmans ont peine à imaginer ce qu’elle représente. La recherche de la définition du mot «fondamentalisme» mène à une observation historique puisque le mot aurait prit naissance aux États-Unis, au début du XXème siècle, afin de distinguer les gens de confession chrétienne qui excluent des innovations libérales. Ces éléments constituent constamment la définition inscrite dans l’ensemble des dictionnaires officiels, tels que celui de l’Office de la langue française du Québec et de TV5.

          Pour les penseurs athées, la définition intègre des éléments de non-concession et de primitivité pouvant être interprétés comme arriérés . Pourtant, un homme de confession musulmane, tentant de définir le fondamentalisme contemporain d’après les étiquettes publiées dans les médias au cours des dernières années, abouti à la conclusion que ce terme reg
          roupe librement et simplement deux éléments dont le lien qui les regroupe peut grandement varier, soit l’islam et la puissance.

          Fait intéressant, cet énoncé regroupe en effet ces deux concepts, le sujet étant le port du voile musulman et par les termes «puissant symbole». Dans ce contexte, j’ai librement associé l’utilisation du mot puissance, ici n’étant pas utilisé dans la volonté de faire éloge, au concept de peur, réaction naturelle face à un symbole puissant d’un exo-groupe. À la lumière de ces définitions, il est probable que l’auteure de cette chronique catégorise les musulmanes qui portent le voile dans un groupe représentant des gens « adeptes d’un conservatisme d’ignorance et possiblement porteurs de danger à la cohésion sociale ».

          3.2 Mécanisme de projection

          En tant que «femme occidentale partageant les principales valeurs partagées par les adeptes du mouvement féministe moderne», Mme Elkouri projette simplement l’interprétation du voile musulman partagé par les membres de son groupe. Ceci est énoncé dans la première phrase : «mon fond féministe me porte à suivre la rumeur et à désapprouver le port du voile». Le sens qu’elle donne au voile est donné à sa suite : «puissant symbole de l’inégalité homme-femme». Ici se trouve la première projection, soit la perception de l’égalité entre les hommes et les femmes.

          Les revendications féministes qui influencent les pays occidentaux ont beaucoup évoluées depuis l’apparition du mouvement.

          L’écart entre la définition d’une pionnière du mouvement, Mlle Léontine Zanta,


          « le féminisme n’est pas une rêverie d’utopiste, une boutade de cerveaux
          exaltés, c’est la revendication juste et légitime de la femme à ses droits
          d’être humain »,

          et les revendications contemporaines telles que le rejet de la


          « sexuation des humains (…) [qui représente du sexisme et] une différence de statut et de traitement entre deux classes de sexe, avec en arrière-plan l’idée d’une complémentarité dans la différence qui trouverait sa pleine actualisation
          dans le couple hétéronormé »,

          se trouve justement le conflit de valeurs entre les féministes et les croyants d’un dieu unique (soit les juifs, les chrétiens ou les musulmans), pour lesquels cette complémentarité est créée par le Créateur et est donc nécessaire.

          Au sens du féminisme moderne, le concept : «différence de statut et de traitement entre deux classes de sexe» interprète le port du voile, présent dans la religion musulmane ainsi que certaines églises chrétiennes et juives, comme une expression d’inégalité puisqu’il n’est prescrit que pour les femmes (complémentarité des sexes) . C’est donc sous cette projection que l’auteure de la chronique ici discutée établie sa perception des relations hommes-femmes.

          Pourtant, d’après la première définition ci-haut, le port du voile ne présente en aucun cas une infraction liée aux droits humains de la femme, puisque le mot arabe « hijab » se traduit par « protection » et il est un simple acte de modestie.

          Pour les musulmans, le hijab, extension naturelle du devoir de couvrir par un vêtement toutes les parties du corps à l’exception du visage et des mains, est prescrit obligatoirement à la femme afin de la protéger des tentations externes et internes, mais surtout de la dégradation de la considération de la femme au profit de l’importance de la beauté et du charme et des problèmes sociaux et psychologiques qu’ils peuvent engendrer.

          Pour ce qui est des droits de la femme, la religion musulmane comprend une série de lois et une banque de jurisprudence protégeant la femme à divers degrés, dont l’héritage, les droits conjugaux, les droits familiaux et les droits sociaux, tel que de garder son nom de famille, d’étudier et de travailler, depuis déjà le VIIème siècle. D’ailleurs, un hadith (parole du prophète Mohammed) signifie que tous les humains sont égaux comme les doigts d’un peigne, hommes ou femmes, et cela est aussi présent dans le Coran. Donc, l’interprétation du port du hijab associé à l’inégalité entre les hommes et les femmes est une projection liée au groupe d’appartenance de Mme Elkouri.

          Le concept que ces voiles sont «instrumentalisés» et «déployés comme autant de drapeau» fait référence à la motivation politique pour laquelle certaines femmes musulmanes moins pratiquantes décident de porter le voile. Cette motivation est décrite plus loin dans la chronique, parmi les motivations familiales et religieuses évoquées dans l’étude de Mme Hoodfar.

          Cette deuxième phrase, suivant la première, sous-entend que le port du voile est uniquement une pression politique, plutôt qu’un acte d’adoration. Ici, Mme Elkouri dénonce le jumelage de la politique et de la religion, phénomène lié au passé dans l’histoire de la majorité des pays démocratiques occidentaux, qui a laissé place au jumelage de la politique avec une science athée, dans le but de l’application d’une politique laïque, où la pratique des croyances est désormais un phénomène privé et non partagé dans la sphère publique.

          Ceci est une projection dans le sens où Mme Elkouri, se groupant parmi les féministes modernes, ne croyant donc pas à la complémentarité des genres (tel qu’expliqué plus haut), se rapprochant ainsi de l’athéisme et étant membre d’une collectivité occidentale, ne peut que difficilement imaginer un acte d’adoration publique n’ayant d’autres fins que l’agrément de récompenses de la part du Créateur.

          De plus, dans la deuxième phrase, les termes «je ne peux qu‘être révoltée», témoignent d’une évaluation personnelle projetée sur l’ensemble de la population, en incluant le principe de non-alternative.

          3.3 Mécanisme d’évaluation

          Les projections de l’auteure de la chronique sont colorées d’une évaluation personnelle du phénomène de l’exo-groupe, finalisant ainsi le processus d’ethnocentrisme présent dans son discours.

          Le terme « d’emblée », répété par deux fois, a pour fonction d’ajouter du dynamisme au propos, puisqu’il est l’équivalent diminué de l’expression « du coup » ou « au premier abord », comme si une étude approfondie de la question n’était pas d’utilité au jugement et qu’il n’y avait pas de jugement alernatif.

          Par le mot « puissant », qui ne fait pas office d’un éloge mais induit plutôt la grandeur et l’ampleur de l’inégalité quelle perçoit dans le port du voile, est l’expression d’une évaluation négative de type très subtil.

          Les termes « je ne peux qu‘être révoltée », témoignent d’une évaluation personnelle issue d’une opinion ferme opposée au port du voile.

          Le terme « tous ces voiles » est un terme péjoratif dans ce contexte puisqu’il a pour fonction d’exagérer la quantité voiles portés dans le milieu publique.

          Les termes « instrumentalisés » et « déployés fièrement » donnent un sens politique péjoratif à l’action de porter le voile, motif qui n’est, de plus, pas déterminant pour la majorité des musulmanes.

          Le terme « fondamentalistes » est une référence dépréciative associant les mus
          ulmans pratiquants à un conservatisme d’ignorance puissant et dangereux, comme expliqué par les différentes définitions du mot données en 3.1.

          Pour reformuler cette citation, le terme « révoltée » a été remplacé, malgré qu’il soit l’expression d’un sentiment personnel, car il a ici une fonction réprobatrice. Le sentiment de confusion traduit tout autant le phénomène de mécompréhension entre les deux groupes.

          Finalement, « comme autant de drapeau » doit être simplement retiré de par son lien avec l’expression qui le précède. L’expression « suivre la rumeur » devrait aussi être retiré pour donner plus de crédibilité au texte, mais il n’est pas entaché d’ethnocentrisme.

          4. Reformulation de l’énoncé exempt d’ethnocentrisme

          « Au premier abord, les valeurs féministes contemporaines me portent [à suivre la rumeur et] à m’interroger à propos du port du voile. Je ne comprends pas la nécessité des voiles portés par les musulmanes pratiquantes.»

          Annexe

          Le voile, encore le voile Rima Elkouri

          Copie de l’article disponible à l’adresse : http://www.cyberpresse.ca/article/20070924/CPOPINIONS05/709240478/6751/CPOPINIONS05

          La Presse

          Les commentaires sur le voile musulman fusent à la commission Bouchard-Taylor. Le voile est sur toutes les lèvres, même s’il n’est que sur une faible minorité de têtes. Le voile est politique, le voile est un symbole de soumission et d’inégalité, le voile n’a rien à voir avec la conviction religieuse, dit-on.

          D’emblée, mon fond féministe me porte à suivre la rumeur et à désapprouver le port du voile en tant que puissant symbole de l’inégalité homme-femme. D’emblée, je ne peux qu’être révoltée par tous ces voiles instrumentalisés par les fondamentalistes, déployés fièrement comme autant de drapeaux. Révoltée aussi par le sort injuste réservé aux femmes forcées de le porter en Arabie Saoudite ou en Iran.

          Mais nous ne sommes ni en Arabie Saoudite ni en Iran. Demandez à des musulmanes d’ici pourquoi elles portent le voile et vous aurez toutes sortes de réponses parfois tout à fait surprenantes.

          Homa Hoodfar, professeure d’anthropologie à l’Université Concordia, a fait le test dans le cadre d’une fascinante étude publiée en 2003(1). À l’aide de 12 musulmanes, certaines voilées, d’autres non, elle a cherché à connaître le point de vue sur le voile de plus d’une centaine de jeunes musulmanes de 15 à 33 ans vivant ici. Féministe d’origine iranienne et non voilée, l’anthropologue avoue que les résultats sont parfois venus bousculer ses propres idées préconçues.

          D’emblée, Homa Hoodfar a constaté que les réponses des interviewées variaient énormément selon leur pays d’origine. Les Iraniennes, par exemple, qui ont pour la plupart fui l’étau d’un régime islamique qui imposait le voile, tendent, pour des raisons évidentes, à être extrêmement critiques face au voile et à ce que l’islam a à offrir aux femmes.

          À l’autre extrême, les femmes d’origine somalienne, qui fuyaient la guerre civile et qui ont pu compter sur l’aide de la communauté musulmane à leur arrivée au Canada, ont souvent une vision bien différente.

          On aime bien imaginer la femme voilée comme nécessairement passive et soumise, en attente de délivrance, de «notre» délivrance. On aime penser que les filles sont toujours obligées par leurs familles à se voiler. Pourtant, contre toute attente, plusieurs des filles interrogées pour cette étude ont dit qu’en fait elles ont dû se battre contre leurs parents pour pouvoir porter le voile.

          Dans plusieurs cas, les parents opposés au voile avaient décidé d’immigrer au Canada pour assurer à leurs filles un meilleur avenir. Parfois, des pères ont tenté en vain de dissuader leurs filles de le porter… On est donc bien loin des scénarios d’oppression classiques à la Jamais sans ma fille.

          On apprend aussi dans cette étude que certaines jeunes femmes qui n’auraient jamais porté le voile dans leur pays d’origine parce qu’elles le considèrent justement comme un symbole d’inégalité choisissent de le porter ici par réaction aux discours de diabolisation de l’islam. Pour elles, cela devient une question d’affirmation identitaire. Un acte de défi symbolique aux yeux de ceux qui les méprisent.

          Aussi, à ma grande surprise, pour d’autres jeunes femmes interrogées, le voile est perçu comme une stratégie d’émancipation. Car en se voilant, certaines veulent envoyer à leur famille le message qu’elles sont de bonnes musulmanes pieuses. Elles gagnent ainsi la confiance de leurs parents et acquièrent une plus grande liberté.

          Le voile devient une stratégie pour échapper à des traditions patriarcales comme le mariage arrangé. Face à des parents qui auraient tendance à interdire à leur fille de sortir ou de socialiser avec des non-musulmans, le voile est alors perçu comme un choix subversif vers l’émancipation. Il permet même à certaines de quitter la maison familiale pour aller à l’université ou de se lancer sur le marché du travail, des choix considérés comme audacieux dans certains milieux.

          Tout ça pour dire que les raisons qui poussent des musulmanes d’ici à porter le voile sont pour le moins diversifiées. Ça ne m’empêche pas, personnellement, de continuer à y voir un symbole d’inégalité. Mais à moins de créer une nouvelle police de la pensée qui irait sonder les esprits pour savoir qui le porte par soumission et qui le porte par conviction, qui le porte par défi et qui le porte par dépit, il me semble simpliste de s’y opposer au nom d’une vision unidimensionnelle de la pauvre-femme-musulmane-soumise.

          Malheureusement, comme le souligne Charles Taylor dans un intéressant texte publié la semaine dernière dans The Guardian(2), il semble impossible aujourd’hui de discuter du voile sans tomber dans les idées toutes faites sur l’islam. «Toutes les preuves sociologiques concernant les motivations des filles, qui sont en fait très variées, sont balayées comme étant non pertinentes. Tout ce qui compte, c’est la menace que pose l’islam», écrit-il (traduction libre).

          Paradoxalement, c’est précisément pour défier cette vision unidimensionnelle de l’islam que certaines femmes choisissent le voile. Curieux cercle vicieux qui semble de plus en plus difficile à briser.

          (1) The Muslim Veil in North America. Édité par Sajida Sultana Alvi, Homa Hoodfar et Sheila McDonough. Women’s Press, Toronto, 2003.

          (2) «The collapse of tolerance». The Guardian, 17 septembre 2007. commentisfree.guardian.co.uk/charles_taylor/2007/09/the_ collapse_of_tolerance.html)

          Notes

          1 L’instrumentalisation des médias et leur engouement concernant la religion musulmane prend sa source dans une stratégie politique dont il n’est pas question dans le présent travail.

          2 Aujourd’hui, le terme « créationnistes » est utilisé pour identifier les gens qui croient à la création de l’Univers par un être suprême, et donc réfutant des théories telles que celle de Darwin, toutes croyances confondues.

          3 Fondamentalisme : « Courant théologique à tendance conservatrice, d’origine protestante, né aux États-Unis pendant la première guerre mondiale, et qui maintient une interprétation strictement littérale de l’Écriture. Note(s) : S’oppose à toute interprétation historique ou scientifique ».

          4 Fondamentalisme :”Attitude philosophique qui consiste à être attaché sans nuance et sans concession aux dogmes fondamentaux, aux fondements d’une doctrine, surtout religieuse.(…) Cela va conduire à des attitudes de stricte observance des usages anciens, des interprétations premières, des formes primitives de la religion. ” (Jourdan, 1996)

          5 Par exemple, à l’église Saint-Joseph de Montréal, il est recommandé aux femmes de se couvrir la tête à l’aide d’un foulard. Réf : GÉRARD, Mario, Catholique et…voilées, La Presse, 24 septembre 2007, http://www.cyberpresse.ca/article/20070924/CPACTUALITES/709240512/-1/CPACTUALITES

          6 En Islam, l’homme aussi doit faire preuve de modestie dans son comportement vestimentaire et doit aussi se couvrir suivant certaines règles et recommandations.

          7 Hadith rapporté par Bukhari

          8 « Et quiconque, homme ou femme, fait de bonnes œuvres, tout en étant croyant… les voilà ceux qui entreront au Paradis; et on ne leur fera aucune injustice, fût-ce d’un creux de noyau de datte. » (traduction) 4 :124 Notons qu’à plusieurs reprises dans le Coran, les qualificatifs sont doublés masculins et féminins.

          8 comments 4 avril 2008


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